3. Quelques initiatives encourageantes à l'étranger

Ces dernières années, certains de nos partenaires ont tenté de réagir et de donner une traduction au concept de plurilinguisme dans leurs systèmes éducatifs nationaux.

a) Les propositions du Rapport Nuffield au Royaume-Uni

Le rapport établi par la Fondation Nuffield, institution indépendante du gouvernement, a lancé le débat au Royaume-Uni en révélant l'étendue de la crise traversée par le système d'enseignement des langues : le français est sur-représenté, le déficit de professeurs de langues est préoccupant et neuf jeunes anglais sur dix sont incapables de s'exprimer dans une langue étrangère, ce qui constitue à la fois un handicap et une honte nationale. Il ne suffit pas d'avoir une langue internationale pour être international : l'idée forte se résume au credo « English is not sufficient »...

Le rapport propose des pistes d'action pour donner une importance accrue à la formation linguistique et la diversification de l'offre en langue :

- la reconnaissance des langues comme compétence fondamentale ;

- la possibilité d'un retour sur des langues acquises antérieurement ou la possibilité de démarrer un enseignement de nouvelles langues ;

- l'extension de l'enseignement des langues en dehors de l'école ;

- la création d'un « grand coordinateur » pour les langues, qui serait en rapport direct avec les plus hautes instances de décision politiques et assurerait la cohérence des cursus sur l'ensemble du système éducatif.

Le fort impact sur l'opinion publique de ce rapport a poussé le gouvernement britannique à agir, même si les traductions concrètes restent modestes :

- élargissement du cercle des « Specialist languages colleges », écoles spécialisées dans l'apprentissage des langues, mais qui restent réservées à une élite (126 existent en 2002, l'objectif étant de porter leur nombre à 200 voire 300 dans les années à venir) ;

- autorisation de l'apprentissage des langues dès l'entrée au primaire, qui devrait aboutir dans un délai d'au moins dix ans...

Mais une décision récente du gouvernement britannique, permettant aux élèves de 14-15 ans d'abandonner l'étude des langues s'ils le souhaitent, révèle combien la volonté d'avancer sur ce point reste précaire...

b) Le projet Lingue 2000 en Italie

A partir d'un double constat, les besoins accrus de maîtrise des langues étrangères et le manque de reconnaissance mutuelle des compétences acquises, alors que la mobilité appelle plus de transparence et de lisibilité entre les systèmes d'éducation européens, le lancement en 1999 du projet Lingue 2000 a ouvert de nouvelles perspectives pour l'apprentissage des langues en Italie :

- ce projet expérimental a, d'une part, servi d'impulsion au développement du plurilinguisme dans le cadre scolaire : les nouveaux programmes de février 2001 introduisent le concept d'« éducation aux langues » et soulignent, ce qui est novateur, « l'agrégation disciplinaire » nécessaire pour rapprocher l'enseignement de la langue maternelle de celui des langues européennes ; de plus, une réforme entrée en vigueur à la rentrée 2002 permet l'apprentissage d'une première langue étrangère dès six ans, tandis que la deuxième langue sera enseignée dès l'âge de onze ans ;

- il a, d'autre part, amené une modernisation de l'enseignement des langues, à travers l'introduction d'un processus d'apprentissage organisé en modules ; pour ce faire, l'Italie est le premier pays à s'appuyer à une échelle aussi large sur l'application du Cadre européen commun de référence du Conseil de l'Europe ; l'objectif est de proposer aux élèves un parcours flexible et finalisé, reposant sur des unités d'enseignement autonome et limité dans le temps, correspondant à des objectifs spécifiques à atteindre ; grâce à des vérifications ponctuelles des compétences atteintes, l'enseignant peut proposer à l'élève, en fonction de ses résultats individuels, des parcours diversifiés : module de compensation (pour une mise à niveau), de soutien, d'excellence ; l'approche est centrée sur l'apprenant qui doit devenir un acteur impliqué dans son parcours d'apprentissage ;

- ce dispositif s'appuie en outre sur l'introduction d'un système de certification des compétences, dans une optique d'apprentissage tout au long de la vie et afin de rechercher une harmonisation à l'échelle européenne : il s'agit d'attester de façon transparente des « produits » de l'apprentissage.

Le caractère novateur du projet Lingue 2000 illustre la nécessité de développer une culture de l'évaluation dans l'enseignement des langues, y compris par le recours à des systèmes de certification externes au système scolaire, validant de façon lisible, transparente et harmonisée, les niveaux de compétences linguistiques atteints. Cette nouvelle culture doit prendre appui sur la formation des enseignants, pour les sensibiliser aux exigences d'une approche moins académique, plus diversifiée.

Or, la route est longue pour que cette approche nouvelle contribue à diversifier un enseignement gagné par l'hégémonie de l'anglais : ne parle-t-on pas en Italie des « 3 I », les trois piliers de l'enseignement : Inglese, Informatica et Impresa, c'est-à-dire anglais, informatique et entreprise...

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