Question de M. KAROUTCHI Roger (Hauts-de-Seine - Les Républicains) publiée le 06/03/2025
Question posée en séance publique le 05/03/2025
M. le président. La parole est à M. Roger Karoutchi, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Roger Karoutchi. Monsieur le président, monsieur le ministre, permettez-moi d'abord, au nom du groupe Les Républicains, mais aussi au nom de tout le Sénat, de réaffirmer notre solidarité avec le peuple ukrainien. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées des groupes UC, INDEP et RDPI.)
Ma question, monsieur le ministre, est d'un autre ordre. N'avez-vous pas le sentiment que ce qui se passe en Ukraine est le révélateur de la fin d'un système international fondé en 1945 sur deux valeurs, la démocratie et la liberté ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Jacques Grosperrin. Vous avez quatre heures ! (Sourires.)
M. Pascal Savoldelli. Il n'a rien dit sur Poutine...
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Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 06/03/2025
Réponse apportée en séance publique le 05/03/2025
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Monsieur le sénateur Roger Karoutchi, merci pour votre excellente question, à laquelle je tâcherai de répondre en quelques minutes...
M. le président. Deux ! (Sourires.)
M. Jean-Noël Barrot, ministre. Nous ne savons pas très bien ce que l'avenir nous réserve. Vous avez raison - et le Premier ministre l'a rappelé à la tribune du Sénat comme il l'avait fait à la tribune de l'Assemblée nationale -, nous assistons au réveil des logiques d'empires qui, ne reconnaissant pas les frontières, foulent aux pieds l'ordre international fondé sur le droit que nous avons contribué à bâtir sur les ruines de la Deuxième Guerre mondiale.
Le Premier ministre rappelait lundi, devant l'Assemblée nationale, les premiers mots de la Charte des Nations unies. Ceux-ci proclament que l'ONU a été fondée pour écarter le risque de la guerre, sur le principe simple du respect de l'intangibilité des frontières.
Nous voyons ces logiques d'empires se déployer sous différentes formes ici et là, et nous retrouvons dans les déclarations de la nouvelle administration américaine les germes de cet impérialisme que l'ONU avait réussi à contenir.
Mme Cécile Cukierman. Ils ne peuvent pas nous sauver, alors ?
M. Jean-Noël Barrot, ministre. Soyons clairs : dans un moment comme celui-ci, nous pouvons nous détourner de cet héritage, de cette construction dont nous sommes les dépositaires, considérant que, à notre tour, nous devons entrer dans ces logiques d'empire. Mais nous ne le ferons pas, car nous considérons que seuls le droit et la justice peuvent garantir à la communauté internationale une paix durable. Les logiques d'empires, dans lesquels certains voudraient nous entraîner, nous mèneraient un jour ou l'autre dans des guerres que nous n'aurons pas choisies.
Mais pour défendre nos intérêts, les intérêts de la France et notre vision du monde qui repose sur le droit international et la justice, nous n'aurons pas d'autre choix que d'être beaucoup plus forts et beaucoup plus indépendants. Si nous restons dans la situation de vassalisation et d'asservissement dans laquelle nous nous sommes laissés enfermer, nous laisserons inévitablement les empires dicter la loi à l'échelle internationale, et nous n'aurons plus voix au chapitre.
C'est pourquoi le moment que nous vivons est si important. En renforçant l'Europe et en renforçant la France, nous avons l'occasion, le choix - et quand il y a un choix, il y a encore de l'espoir, comme disait le Premier ministre. Nous pourrons alors infléchir le cours des choses et faire entendre notre voix. Nous allons à présent entendre la vôtre, monsieur Karoutchi... (Applaudissements sur des travées des groupes UC, Les Républicains et RDSE.)
Mme Cécile Cukierman. Lunaire !
M. le président. La parole est à M. Roger Karoutchi, pour la réplique.
M. Roger Karoutchi. Monsieur le ministre, je n'avais pas l'intention de vous entraîner dans une logique d'empire...
En revanche, je m'interroge sur le fonctionnement de l'ONU, vous savez, cette organisation qui est censée assurer la paix dans le monde. Où était-elle lors de la crise entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ? Où est-elle pour les Kurdes ? Pour les chrétiens d'Orient ? Quel jeu ambigu a-t-elle joué au Proche-Orient depuis des années ?
L'ONU a changé de nature. Elle a été fondée essentiellement par des États démocratiques. Or, comme je le rappelais hier avec Cédric Perrin devant la commission des affaires étrangères, les États démocratiques ne sont plus majoritaires dans le monde. Ce qui revient à dire qu'il n'y a plus une majorité d'États démocratiques à l'ONU. Nous sommes dans un système fou, qui dérape, déraille.
Si nous ne voulons pas que se reproduisent des situations à l'ukrainienne, nous devons donc réformer profondément le fonctionnement de l'ONU. Sinon, cela ira de mal en pis. Puis, très clairement, l'Europe et l'Occident doivent se réarmer moralement, militairement, pour être en état de faire face. La France, notamment, a un rôle éminent à jouer. Ne nous laissons pas engluer dans des organisations internationales qui ne jouent plus le leur ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées des groupes UC, INDEP et RDSE.)
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