Question de M. PERRIN Cédric (Territoire de Belfort - Les Républicains) publiée le 20/02/2025
Question posée en séance publique le 19/02/2025
M. le président. La parole est à M. Cédric Perrin, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Cédric Perrin. Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, nous vivons des journées historiques. Nous assistons à l'effondrement de toute l'architecture de sécurité sur laquelle nous nous sommes reposés depuis la fin de la guerre froide.
Éprouvées par les deux guerres mondiales, les générations qui nous ont précédés ont consenti des efforts énormes pour que plus jamais le destin de notre pays n'échappe aux Français.
Cette souveraineté retrouvée, nous la devons bien sûr au général de Gaulle. Il savait que l'indépendance nationale reposait sur un socle irréductible de puissance militaire, exprimé en particulier par la maîtrise souveraine de l'arme atomique.
Toutefois, en nous abandonnant aux douces illusions des dividendes de la paix, nous avons oublié les dures leçons que l'Histoire avait enseignées à nos aînés.
Nous en payons le prix aujourd'hui.
Russes et Américains entendent décider du sort de l'Europe sans les Européens, et peut-être renverser les alliances. Les masques sont tombés et une partie cynique est engagée.
Les Européens sont désemparés devant la fuite en avant brutale et inconsidérée de l'allié américain. C'est pourquoi le temps nous est compté pour réagir.
Monsieur le ministre, que comptez-vous dire à nos voisins européens dans les jours à venir pour nous remettre au centre du jeu et opposer un front résolu à l'appétit américain et à la voracité russe ?
Que comptez-vous dire aux Français pour sonner l'heure de l'indispensable sursaut qu'appelle la gravité de la situation ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
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Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 20/02/2025
Réponse apportée en séance publique le 19/02/2025
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Monsieur le président Cédric Perrin, vous avez raison, nous avons vécu dans une forme d'insouciance.
En 1955, il y a soixante-dix ans, nous consacrions 6 % de notre richesse nationale à nos dépenses militaires. Ces dernières années, nous sommes parvenus à faire remonter ce niveau à environ 2 %, ce qui est évidemment insuffisant.
Or la guerre se joue à proximité de nos frontières. Lorsque nous nous sommes rendus en Ukraine, nous avons constaté ensemble les ravages de la guerre.
Nous les avons vus sur les corps mutilés des soldats revenus du front.
Nous les avons vus dans les esprits des enfants déportés, arrachés à leurs familles, rééduqués dans des camps russes ou biélorusses.
Nous les avons vus à Soumy, tout près de la ligne de front, où nous avons pu échanger avec les soldats qui menaient courageusement la contre-offensive sur la région de Koursk.
Nous sommes rentrés avec plusieurs convictions. Tout d'abord, nous avons conclu que le soutien de la France à l'Ukraine avait été décisif pendant ces trois années. Ensuite, nous savons désormais que la menace est proche, imminente et grave. Enfin, nous avons pris conscience qu'un indispensable sursaut est nécessaire de la part des Françaises et des Français si nous voulons faire face.
« Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde. » Vous avez cité le général de Gaulle : permettez-moi de le citer à mon tour. Dans ce moment historique pour le continent européen, c'est la France qui peut montrer la voie.
Le monde connaît un moment de profonde fragmentation, qui ne suit pas une ligne de fracture géographique entre le Nord et le Sud ou entre l'Est et l'Ouest, mais qui départage les partisans de la violence et les défenseurs du droit.
Montrons donc que nous pouvons opposer la force et la résistance au réveil de ces empires pour ne pas laisser la Russie et les autres l'emporter, avec, dans leur sillage, tout ce que nous avons passionnément bâti depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le débat annoncé par le Premier ministre, sur le fondement de l'article 50-1 de la Constitution, sera l'occasion de la pleine appropriation par le peuple français, au travers de ses représentants, de ces sujets graves.
M. le président. La parole est à M. Cédric Perrin, pour la réplique.
M. Cédric Perrin. Monsieur le ministre, j'étais présent avec vous sur le front en Ukraine. Cette expérience a marqué ma vie, comme la vôtre, je le sais.
Ce qui se joue actuellement dépasse le sort de la malheureuse Ukraine, dont nous accueillons aujourd'hui plusieurs membres de la Rada. Nos choix collectifs dans les semaines qui viennent engageront l'avenir de tous les enfants européens.
Alors, ne laissons pas l'Histoire s'écrire sans nous et, surtout, ne laissons pas l'Histoire s'écrire contre nous ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées des groupes UC et INDEP.)
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