Question de M. JOLY Patrice (Nièvre - SER) publiée le 30/01/2025

M. Patrice Joly attire l'attention de M. le ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins sur la situation préoccupante du système de santé dans le département de la Nièvre, où des défaillances récurrentes d'accès aux soins mettent en péril la vie des habitants.

Le système hospitalier, notamment les services d'urgence, est en proie à des difficultés majeures, rendant la prise en charge des patients insuffisante, voire dangereuse. À titre d'exemple, un homme de 82 ans a récemment été transporté à l'hôpital de Cosne-sur-Loire après une suspicion d'AVC, les urgences de Nevers étant fermées et celles de Decize ne pouvant l'accueillir. La prise en charge de ce patient semble avoir été défaillante : il a dû être transporté par sa famille jusqu'à l'hôpital de Moulins, à 70 km et 1 heure de route, où il a finalement été diagnostiqué d'un AVC, mais trop tard pour être trombolisé.

Cette situation, hélas loin d'être isolée au regard des situations similaires rapportées, notamment par de nombreux témoignages oraux, soulève de nombreuses interrogations quant à la capacité du système de santé à répondre aux besoins urgents des Nivernais et Nivernaises.

Aussi, il indique qu'il serait nécessaire de réaliser un diagnostic approfondi de la situation, tant au niveau de l'établissement de Cosne-sur-Loire qu'à une échelle plus large, sur l'ensemble du territoire nivernais. En outre, il souhaite savoir quelles mesures le Gouvernement envisage pour améliorer l'accès aux soins d'urgence dans la Nièvre, en particulier dans les établissements hospitaliers de Cosne-sur-Loire, de Nevers, de Decize et de Clamecy et pour garantir que chaque patient puisse bénéficier d'une prise en charge adaptée, rapide et sécuritaire.

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Réponse du Ministère auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins publiée le 12/02/2025

Réponse apportée en séance publique le 11/02/2025

M. le président. La parole est à M. Jean-Jacques Lozach, en remplacement de M. Patrice Joly, auteur de la question n° 270, adressée à M. le ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins.

M. Jean-Jacques Lozach. Monsieur le ministre, j'interviens en remplacement de Patrice Joly, sénateur de la Nièvre, mais la question de l'offre sanitaire vaut également pour la Creuse.

Dans la Nièvre, le système hospitalier - en particulier les services d'urgence - traverse depuis des mois des difficultés majeures, qui compromettent gravement la prise en charge des patients, mettant leur vie en danger. Les exemples de défaillances sont nombreux et se répètent sans cesse, mois après mois, année après année. Celles-ci donnent lieu à des situations de plus en plus dramatiques, dont certaines ont malheureusement conduit des Nivernais à perdre la vie.

Le dernier exemple est récent : il y a un mois, un homme de 82 ans a été transporté en urgence à l'hôpital de Cosne-Cours-sur-Loire pour une suspicion d'accident vasculaire cérébral (AVC), les urgences de Nevers ayant fermé et celles de Decize n'étant pas en mesure de l'accueillir. Alors que sa prise en charge, vitale, aurait dû être rapide, ce patient s'est heurté à un enchaînement de défaillances. Il ne doit son salut qu'à la ténacité de sa famille, qui lui a fait parcourir 70 kilomètres, soit plus d'une heure de route, pour atteindre l'hôpital de Moulins. Là, il a enfin été diagnostiqué d'un AVC, mais trop tard pour bénéficier d'un traitement thrombolytique.

À en croire les nombreux témoignages similaires, cette situation est, hélas ! loin d'être isolée et soulève de nombreuses interrogations quant à la capacité du système de santé à répondre aux besoins urgents des Nivernais et Nivernaises.

Quelles mesures le Gouvernement envisage-t-il pour améliorer l'accès aux soins d'urgence dans la Nièvre, en particulier dans les établissements hospitaliers de Cosne-Cours-sur-Loire, de Nevers, de Decize et de Clamecy et pour garantir que chaque patient bénéficie d'une prise en charge adaptée, rapide et sécurisante ?

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Yannick Neuder, ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins. Monsieur le sénateur Lozach, la situation que vous décrivez au nom de Patrice Joly est inacceptable et dramatique.

Pour y répondre, il faut avant tout améliorer la régulation. Ainsi, le temps d'attente téléphonique doit être réduit, car, pour certaines pathologies, dont l'accident vasculaire cérébral, mais également l'infarctus du myocarde, le pronostic du patient est conditionné au délai de prise en charge.

Dans le cas que vous évoquez, nous avons saisi l'agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté, qui a demandé aux établissements concernés, notamment le centre hospitalier de Nevers et le centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon, de faire en sorte que la filière de prise en charge des accidents vasculaires cérébraux garantisse à chaque patient l'exécution d'une thrombolyse, voire d'une thrombectomie - il est parfois possible d'extraire le caillot directement dans le cerveau du patient -, dans un délai raisonnable.

Plus globalement, les mesures qu'il faut prendre sont des mesures de bon sens. Il convient avant tout de former beaucoup plus de soignants et de médecins que ne le permet le numerus apertus. Comme il faut dix ans pour former un médecin, dans l'immédiat, nous devons envoyer davantage de docteurs juniors dans les territoires pour réaliser les diagnostics au domicile du patient ou à l'hôpital ; nous devons recruter des praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue) pour faire tourner nos hôpitaux ; nous devons rapatrier nos compatriotes étudiant à l'étranger pour qu'ils réalisent leur internat en France.

Toutes ces mesures permettront de restaurer la confiance et d'améliorer les filières de prise en charge des patients.

Quoi qu'il en soit, je vous ferai parvenir, monsieur le sénateur, les renseignements que nous avons demandés à l'ARS Bourgogne-Franche-Comté.

M. le président. La parole est à M. Jean-Jacques Lozach, pour la réplique.

M. Jean-Jacques Lozach. Monsieur le ministre, il est de notre devoir de ne pas nous résigner à ce genre de situations et d'agir, d'analyser en profondeur les défaillances de notre système de santé et de trouver des solutions durables.

Nietzsche estimait que faire une chose de la même manière et s'attendre à un autre résultat était une forme de lâcheté. Mes chers collègues, ne soyons pas lâches ! Il est temps de ne plus fermer les yeux sur la répétition incessante des mêmes erreurs. Nous devons agir sans délai pour apporter des changements concrets et garantir à chaque Nivernais un accès aux soins qui respecte sa dignité et sa vie.

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